Image : Fujita Art Museum, Osaka
Le musée d’art Fujita, à Osaka, présente actuellement une cuillère à thé de l’époque d’Edo intitulée « 吾友 » (« Mon ami »), une œuvre qui relie la culture du thé, la calligraphie et les échanges personnels dans le Japon du XVIIe siècle. L’introduction en ligne du musée inscrit cet objet dans sa série « Fujita Art Museum 100 Selections », qui propose un examen approfondi d’une pièce unique de la collection plutôt qu’une vaste étude thématique. Cette cuillère à thé est attribuée à Kobori Enshu, le daimyō et maître de thé dont l’influence s’est étendue au thé, à l’architecture et à l’art des jardins.
Selon le musée, « 吾友 » a été réalisé par Enshu pour être offert à Shōka Dō Shōjō, plus connu sous le nom de Shojō, une figure culturelle associée à la calligraphie, à la peinture et au thé. La cuillère est décrite comme une pièce en bambou blanc à la forme inhabituelle, dont un nœud est placé plus bas sur le manche — des détails qui soulignent l’individualité recherchée dans les ustensiles de thé fabriqués ou utilisés par les maîtres de thé eux-mêmes. Dans le récit du musée, l’objet ne subsiste pas seulement comme un ustensile, mais aussi comme le témoignage de la manière dont les liens sociaux étaient préservés et transmis par l’intermédiaire du thé.
Le titre « 吾友 » est lié à une autre figure de ce cercle : le moine zen et poète Kogetsu Sogan, qui employait le nom de Ketsushinshi. Le musée indique qu’un poème inscrit sur l’étui en bambou qui accompagne la cuillère est à l’origine de ce nom. Dans ce poème, l’expression « 吾友 » désigne le bambou lui-même, tout en évoquant l’amitié entre Enshu, Shojō et Sogan. Le texte du musée présente ce cas comme celui où un don personnel, une référence littéraire et la pratique du thé convergent dans un même objet.
Le musée précise également que l’ensemble comprend une lettre de remerciement de Shojō à Enshu, conservée sous la forme d’un kakemono qui l’accompagne. Dans cette lettre, Shojō exprime sa gratitude pour avoir reçu la cuillère à thé et une paire de plumeaux, également offerte, et affirme que ces présents lui ont redonné des forces à une époque où l’âge et l’éloignement social l’avaient laissé affaibli. Le musée fournit une transcription partielle ainsi qu’une paraphrase en japonais moderne de cette note, mettant l’accent sur la reconnaissance de Shojō pour les objets et pour l’amitié qui les sous-tend.
Enshu, dont le nom demeure central dans l’histoire de la cérémonie du thé, est décrit par le musée comme une figure culturelle majeure, formée auprès de Furuta Oribe et devenue la fondatrice de l’école de thé Enshu. La page situe également Shojō au sein de l’élite culturelle de la même période, en rappelant sa réputation de calligraphe et sa fonction de moine dans le secteur du sanctuaire Iwashimizu Hachiman, à Kyoto. Sogan est lui aussi présenté comme un membre de ce vaste réseau d’intérêts artistiques partagés et de culture du thé.
Le musée indique que la cuillère à thé a également été utilisée lors de la réunion de thé « Aomi », organisée à la mémoire de Fujita Denzaburo durant la 5e année de l’ère Taishō, prolongeant ainsi sa biographie au-delà de l’époque d’Edo. L’objet est visible dans l’exposition « 葵~徳川時代のお茶 » jusqu’au 2026-10-31 au musée d’art Fujita, à Osaka.