Image : Winold Reiss, Harlem Girl with Blanket, ca. 1925. Private collection
Pour marquer son 50e anniversaire, le Museum Ludwig de Cologne présente « Along the Color Line – Traces of a Transatlantic Modernism », une vaste exposition interdisciplinaire visible du 3 octobre 2026 au 7 mars 2027. Sous le commissariat d’Eboa Itondo, l’exposition examine les liens entre l’art de la diaspora noire internationale et le modernisme européen, en mettant en dialogue des œuvres modernistes et contemporaines d’artistes noirs, dont beaucoup ont été prêtées par des institutions étrangères, avec la collection du musée. La peinture, la sculpture et le dessin y côtoient la littérature et la musique.
Le titre est emprunté aux écrits du sociologue afro-américain W. E. B. Du Bois, qui avait étudié à Berlin et qui, en 1936, alors qu’il était journaliste pour The Pittsburgh Courier, visita Cologne, Hambourg et Stuttgart, assista au Festival de Bayreuth et rendit compte des Jeux olympiques de Berlin. Ses récits sont présentés avec ceux d’autres figures de la diaspora noire en Europe, parmi lesquelles le philosophe Alain Locke, qui enseignait à Howard University, à Washington. Howard, où sont aujourd’hui conservés les écrits de Locke ainsi que sa collection d’art international, a prêté des œuvres pour l’exposition, notamment « Jazz (Chicago) Grand Terrace Ballroom » (1964) de Romare Bearden. Selon Howard, Kathryn E. Coney-Ali, directrice exécutive de la Howard University Gallery of Art, figure parmi les auteurs du catalogue de l’exposition.
Le projet est né d’une étude des fonds du musée qui, comme dans la plupart des musées européens, n’a révélé presque aucune œuvre d’artistes noirs, en particulier dans le domaine du modernisme. Le musée relie cette lacune à des structures de pouvoir coloniales et sociales anciennes. S’appuyant sur la Renaissance de Harlem et le mouvement de la Négritude, l’exposition montre comment les artistes noirs ont élaboré des récits qui s’opposaient aux modes de regard coloniaux et eurocentriques, et comment ces échanges entre les continents continuent de façonner les artistes aujourd’hui.
Une place centrale est accordée à l’artiste germano-américain James Gregory Atkinson (né en 1981), dont l’archive non linéaire d’images, d’objets, de textes et de récits oraux aborde l’histoire afro-américaine et celle des personnes noires en Allemagne. Mildred Thompson, qui a vécu à Düren dans les années 1960 et étudié à Howard, donne à l’exposition un ancrage régional. En amont de l’ouverture, le musée a acquis des œuvres de Thompson, Herbert Gentry et Iba Ndiaye, qui rejoignent désormais les prêts dans un dialogue avec les thèmes centraux de la collection : le modernisme européen et le postmodernisme américain.