Image : John Singer Sargent, Egyptian Indigo Dyers, 1891. Oil on canvas, 81 × 63.5 cm
La Mesdag Collectie de La Haye a publié les résultats de la restauration et de l’étude technique de « Egyptian Indigo Dyers », une esquisse à l’huile réalisée en 1891 par John Singer Sargent (1856–1925). Le musée précise qu’il s’agit de la seule collection publique des Pays-Bas à conserver une œuvre du peintre américain. La toile, qui mesure 81 × 63,5 centimètres et est signée en bas à droite en bleu, a été traitée dans l’atelier de restauration d’Amsterdam.
Le tableau représente trois teinturiers d’indigo vêtus de bleu foncé ; la teinture est visible sur les pièces de tissu qu’ils manipulent, ainsi que sur leurs mains et leurs avant-bras. Sargent a séjourné en Égypte en 1891, où la teinture à l’indigo était un artisanat solidement établi.
L’élimination de la saleté superficielle et d’un vernis jauni a fait ressortir l’étendue de la palette, notamment la variété des blancs, des bleus et des verts, ainsi que les accents violets et roses, et a rendu plus lisibles les coups de pinceau rapides et libres d’une esquisse peinte en plein air. Le nettoyage a également révélé des empreintes digitales le long des bords, probablement laissées lorsque la toile a été déplacée alors qu’elle était encore humide, ainsi que d’autres marques à l’endroit où la surface mouillée semble avoir reposé contre un objet. Selon le musée, ces traces, ainsi que la poussière incrustée dans la peinture, montrent que Sargent a travaillé rapidement et déplacé le tableau avant son séchage.
Des tubes portant l’étiquette « indigo » ont été retrouvés dans l’une des boîtes de peinture de Sargent, mais leur contenu est inconnu, tout comme la question de savoir s’il a emporté cette couleur en Égypte. Une analyse macro-XRF non invasive a montré qu’il avait utilisé au moins du bleu de cobalt et de l’outremer. La présence d’indigo et de bleu de Prusse n’a été ni confirmée ni écartée ; il faudrait pour cela recourir à d’autres méthodes.
L’analyse a également détecté du mercure, indiquant la présence de vermillon, un rouge absent de la composition visible. Tournée à 180 degrés, la cartographie du mercure fait apparaître deux jambes et deux pieds, avec une partie d’une main au-dessus. La réflectographie infrarouge a confirmé la moitié inférieure d’une figure debout, qui semble porter une courte cape ; au dos, le cachet d’un fournisseur est décentré au lieu d’occuper la position symétrique habituelle. Le musée avance que Sargent a découpé une toile portant une œuvre existante, probablement inachevée, et réutilisé sa partie inférieure à l’envers en Égypte.
Les jambes et la cape ressemblent étroitement à celles du « Don Juan de Austria » de Velázquez, que Sargent a copié au Prado de Madrid en 1879. Sa copie de la tête du bouffon se trouve dans une collection particulière à Paris, mais la figure cachée est l’image inversée de l’original de Velázquez, ce qui laisse ouverte la question de savoir s’il s’agit d’une copie ultérieure inconnue ou d’un portrait dans le goût espagnol. Ana Martins, scientifique du patrimoine au sein du département de recherche du Van Gogh Museum, a réalisé les analyses et interprété les résultats.