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Les conservateurs de la Getty Villa et un mythologue se prononcent sur « The Odyssey »

Les conservateurs de la Getty Villa et un mythologue se prononcent sur « The Odyssey » Image : The whirlpool Charybdis in ‘The Odyssey’. Photo: The Odyssey © Universal Pictures

Le Getty a publié une table ronde consacrée à « The Odyssey » de Christopher Nolan, sorti en salles en juillet 2026, en demandant à trois spécialistes ce qu’ils pensaient de cette adaptation. La conversation, menée par Erin Migdol et Stacy Suaya, est parue sur le site d’actualités du Getty le 13 août 2026.

Le panel réunit Claire Lyons, conservatrice des antiquités à la Getty Villa ; Nicole Budrovich, assistante curatoriale chargée des antiquités à la Villa ; et John Bucher, mythologue, spécialiste des récits et directeur exécutif de la Joseph Campbell Foundation. Tous trois ont vu le film lors de son premier week-end d’exploitation, et Lyons l’a depuis revu une deuxième fois.

Lyons a estimé que l’adaptation « rend pleinement justice à l’esprit des traditions homériques » et a salué le travail de mise en scène. Budrovich y a vu l’étude d’un homme qui tente de retrouver son identité après dix années de guerre et dix années d’errance, tout en soulevant la question posée par le poème lui-même : puisque les monstres et les errances proviennent de la mémoire d’Ulysse, dans quelle mesure peut-on le considérer comme un narrateur digne de confiance ? Bucher a décrit Nolan comme « le dernier des aèdes », rappelant que chaque aède chantait le récit à sa manière et que les publics de l’Antiquité n’avaient jamais recherché une version unique faisant autorité.

À propos de la distribution, Lyons a distingué Samantha Morton dans le rôle de Circé, John Leguizamo dans celui du porcher Eumée, Jon Bernthal dans celui de Ménélas, Lupita Nyong’o dans celui d’Hélène, marquée de cicatrices, et Robert Pattinson dans celui du prétendant Antinoos. Bucher a écarté les controverses sur le casting, les jugeant hors sujet puisque la tradition des aèdes fonctionnait sans canon.

Les costumes ont suscité la réponse la plus détaillée. Lyons a évoqué les discussions en ligne affirmant que les casques à cimier des guerriers étaient inexacts, alors que l’art de l’âge du Bronze montre des casques fabriqués avec des défenses de sanglier, et a mentionné le sceau de combat de Pylos — une pierre-cachet minoenne en agate rubanée, or et bronze, datée de 1630–1440 av. J.-C. et découverte dans la tombe du Guerrier au griffon — présenté dans la récente exposition du Getty « The Kingdom of Pylos: Warrior-Princes of Mycenaean Greece », sur lequel un guerrier saisit son adversaire par le cimier de son casque. Le sceau appartient au musée archéologique de Chora, placé sous l’autorité du ministère hellénique de la Culture, et non au Getty. Budrovich a reconnu que l’armure noire sculptée d’Agamemnon n’était pas défendable sur le plan archéologique, mais l’a jugée efficace, y voyant l’incarnation du dieu de la guerre, avec un cimier se terminant par une queue-de-cheval de vertèbres dorées évoquant une colonne vertébrale externe.

Concernant les décors et les accessoires, Lyons s’est rendue sur plusieurs lieux de tournage, notamment à Pylos et au château de Methoni, dans le Péloponnèse, ainsi que dans les îles Éoliennes, qui, à l’époque d’Homère, se trouvaient sur les routes occidentales empruntées par les marchands grecs et phéniciens. Le navire utilisé, le Draken, est une réplique de navire viking, mais elle a trouvé sa proue et sa poupe élevées suffisamment proches de celles des navires marchands représentés dans l’art de l’âge du Bronze, et a estimé qu’une véritable coque en bois rendait perceptible le risque de s’aventurer vers l’inconnu. Budrovich a regretté que la Circé de Nolan vive dans une remise plutôt que dans le palais du poème, tout en saluant la présence de récipients à boire ressemblant à ceux des sites palatiaux de la fin de l’âge du Bronze.

Deux scènes se sont particulièrement distinguées. Bucher a admiré la séquence des Enfers, où les morts surgissent du sol au lieu d’habiter une caverne. Budrovich a qualifié Polyphème d’« étrange », en rappelant que les images antiques placent l’œil unique latéralement, au milieu de la tête, et que Nolan laisse d’abord le Cyclope sans parole. Lyons a situé l’épisode au VIIIe siècle av. J.-C., une période de commerce à longue distance et d’implantations coloniales, interprétant les aventures d’Ulysse comme des métaphores de l’affrontement des cultures ; elle a regretté l’omission de l’aveuglement du Cyclope ivre et relevé que, dans le film, l’équipage attache des branches à son dos plutôt que de se dissimuler sous les moutons. Le lieu, la grotte de Nestor près de l’antique Pylos, était difficile d’accès pour les caméras et l’équipe de tournage.

Invitée à expliquer ce que dit Nolan, Budrovich a évoqué la xénia, l’obligation réciproque entre hôte et invité que le poème présente comme la loi de Zeus, ainsi que la guerre qui s’étend et suit les vainqueurs jusque chez eux. Lyons a attiré l’attention sur la colère des femmes — Pénélope, Circé, la nourrice Euryclée, Hélène et Clytemnestre — et sur la traduction de Daniel Mendelsohn, qui décrit Ulysse comme « ayant des chemins détournés ». Bucher a relié le choix du 70 mm par Nolan et sa longue réflexion sur la mémoire, qui remonte à « Memento », à l’injonction du poème de se souvenir.

La Getty Villa encourage les visiteurs à rechercher d’autres figures de l’Odyssée dans les collections du musée ; un dépliant intitulé « Self-Guided Tour of The Odyssey » est disponible au bureau d’information.

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