Image : Schirn Kunsthalle Frankfurt, Frankfurt am Main
La Schirn Kunsthalle Frankfurt a publié un nouvel entretien avec Hito Steyerl consacré aux œuvres présentées dans son exposition « The World Through AI », prolongeant la programmation actuelle de l’institution autour de l’intelligence artificielle, de l’art contemporain et des conditions sociales qui façonnent l’une comme l’autre. L’article, qui s’inscrit dans la série d’entretiens « 3 Fragen » de SCHIRN MAG, a été publié le 2 juillet 2026 et se présente comme une conversation entre l’artiste et le commissaire d’exposition Antonio Somaini.
L’entretien situe Steyerl au sein de l’exposition et rappelle qu’elle est également intervenue lors du symposium associé « AI Politics: Slop and Slopaganda ». Dans son introduction, la SCHIRN décrit cette conversation comme une réflexion sur l’IA en tant que « surface », sur le microtravail et sur la possibilité de réduire considérablement la consommation d’énergie de l’IA. Ces thèmes rejoignent étroitement ceux de la newsletter de juillet de la publication, qui présente la saison comme placée sous le signe de « l’art et de l’IA » et met en avant des contenus consacrés à l’exposition ainsi que d’autres articles du magazine.
Les réponses de Steyerl s’appuient sur une longue expérience des systèmes et modèles liés à l’IA. L’entretien énumère une série de projets réalisés au cours de la dernière décennie, parmi lesquels « The City of Broken Windows » (2018), « Power Plants » (2018), « This Is the Future » (2019), « SocialSim » (2020), « Dancing Mania » (2020), « Animal Spirits » (2022), « Contemporary Cave Art » (2022), « Mechanical Kurds » (2025) et « The Island » (2025). Au cours de la conversation, elle explique qu’elle envisage actuellement l’IA comme une infrastructure et un système, ainsi que comme quelque chose qui produit ce qu’elle-même et d’autres décrivent comme une « surface » perméable sur laquelle le capital peut opérer.
Une partie substantielle de l’entretien passe de la théorie à des questions matérielles et géopolitiques. Steyerl évoque un site de Topusko, en Croatie, où un projet de centre de données consacré à l’IA est décrit dans l’entretien comme une initiative de 50 milliards de dollars. Elle relie cette région aux déplacements de population, aux routes migratoires, aux conditions environnementales et aux difficultés économiques de l’après-guerre, et présente les annonces de centres de données comme une forme de performance. L’entretien y voit une critique du langage, des rituels et du théâtre destiné aux investisseurs qui entourent les infrastructures d’IA à grande échelle.
L’article se penche également sur « Mechanical Kurds » (2025), présenté, selon le texte de la SCHIRN, à Francfort. Steyerl explique que l’œuvre est née de la découverte que des réfugiés vivant dans des camps de la région MENA avaient été recrutés pour effectuer des microtâches numériques pendant la pandémie, et qu’un travail similaire sur les données avait lieu dans des régions kurdes du nord de l’Irak. Elle décrit les difficultés rencontrées pour trouver des travailleurs, une production interrompue par la guerre, puis le retour sur place pour enregistrer leurs souvenirs, après que nombre d’entre eux avaient déjà été licenciés parce que les machines pouvaient désormais légender elles-mêmes les images.
Steyerl aborde en outre un modèle de base nouvellement entraîné pour la génération d’images par IA, baptisé « Lossy ». Selon l’entretien, le modèle n’utilise que des contenus Creative Commons et des données accessibles au public, dont une grande partie avait été initialement rassemblée dans le cadre du projet « Spawning » de Mat Dryhurst et Holly Herndon. Elle explique qu’avec Volker Möllenhoff, elle a mis au point des prototypes pour un transformateur de diffusion Pixart-alpha ainsi que de nouvelles techniques de prétraitement fondées sur l’informatique quantique, et que le projet a montré qu’il était possible de réduire jusqu’à 75 % la consommation d’énergie liée à l’entraînement, tandis que l’inférence pouvait être diminuée des deux tiers grâce à des choix d’architecture des données.
La newsletter de juillet de la SCHIRN inscrit l’entretien dans un programme plus large d’articles consacrés à l’IA, à la queerness et à la représentation, mais la conversation avec Steyerl en demeure l’article central. Les propos de l’artiste sur le calcul, le travail et la politique des infrastructures s’achèvent sur une réflexion concernant la conception des modèles et leur échelle, soulignant l’intérêt de l’exposition pour la manière dont l’IA est construite, utilisée et contestée dans la culture contemporaine. L’entretien a été publié le 2 juillet 2026 dans le cadre de la couverture continue par SCHIRN MAG de « The World Through AI ».