Image : Cau Ferrat Museum, Sitges
Le musée Cau Ferrat de Sitges met en lumière une petite peinture à l’huile de Santiago Rusiñol, « L’abraç de Sant Joaquim i Santa Anna », une copie réalisée en 1894 d’un fragment de Giotto qui appartient aujourd’hui aux collections du musée. L’œuvre mesure 38,5 sur 27 centimètres et est répertoriée dans les documents du musée comme faisant partie de la collection Santiago Rusiñol, sous le numéro d’inventaire 32.015. Le musée présente cette peinture comme l’une des copies qui sont au cœur de l’identité du Cau Ferrat, où les reproductions faisaient, selon les termes de l’institution, office de fenêtres ouvertes sur les grands moments de l’histoire de l’art occidental.
Selon le texte du musée, Rusiñol a réalisé cette copie à Florence au printemps 1894, lors d’un voyage en Toscane qui l’a également conduit à Pise et à Fiesole. Cette visite s’inscrivait dans son intérêt plus large pour l’art italien médiéval, et en particulier pour les artistes rassemblés autour de Giotto, Gozzoli et Orcagna. Le musée indique que Rusiñol et Ignacio Zuloaga recherchaient les qualités mystiques et métaphysiques qu’ils associaient aux primitifs italiens, et que nombre des reproductions aujourd’hui accrochées au Cau Ferrat provenaient de ce voyage.
« L’abraç de Sant Joaquim i Santa Anna » représente une scène de la vie des saints Joachim et Anne, connue sous le nom de « La Rencontre à la Porte dorée », un sujet très présent dans la peinture murale des XIIIe et XIVe siècles. Le texte source précise que, bien que la copie porte une signature de Giotto, l’œuvre originale n’est pas de Giotto. Le musée l’attribue plutôt à Nardo di Cione, frère d’Orcagna, ou, selon une autre théorie, à un membre de son atelier. Le sujet apparaît également dans le cycle plus célèbre de Giotto à Padoue, mais la copie de Sitges renvoie à la version florentine que Rusiñol a vue au cours de ses voyages.
Le récit du musée situe la peinture dans la basilique Santa Maria Novella, où Rusiñol aurait été fasciné par le cadre ainsi que par les fresques et les retables qu’il y a découverts. Guidé par un artiste italien dont il avait fait la connaissance à Paris, mais dont le nom n’est pas précisé, Rusiñol a visité le Cloître vert, le Capellone degli Spagnoli et le Chiostrino dei Morti. C’est sous la voûte de la chapelle Sainte-Anne, précise le texte du musée, qu’il a installé son chevalet pour copier la scène. Le passage rattache l’œuvre à l’atmosphère des cloîtres et des cimetières que Rusiñol trouvait particulièrement évocatrice à Florence.
Le musée s’appuie également sur cette peinture pour soulever des questions plus larges d’histoire de l’art. Son texte relève qu’à la fin du XIXe siècle, Nardo di Cione était peu connu, avant que les débats érudits ultérieurs sur l’attribution de la peinture médiévale ne viennent remettre en question les premières hypothèses concernant la paternité de Giotto. À cette époque, Giotto était encore largement considéré comme le moteur des grandes innovations de la peinture italienne des débuts. Le propos du musée laisse entendre que Rusiñol, lors de sa visite à Florence, avant que ces débats ne prennent pleinement forme, a probablement accepté des attributions que les recherches ultérieures allaient contester.
La présentation de l’œuvre par le Cau Ferrat souligne le rôle de Rusiñol non seulement comme peintre original, mais aussi comme copiste étudiant la technique par la reproduction. Le musée indique que la plupart des reproductions italiennes conservées dans la collection de la maison sont de sa main. Dans le cadre de la rubrique « La Peça del Mes » de septembre 2016, « L’abraç de Sant Joaquim i Santa Anna » est présentée comme l’un des exemples les plus nets de la manière dont le pèlerinage florentin de Rusiñol a façonné l’identité visuelle de la collection du musée.