Image : La Boverie, Liège
La Boverie, à Liège, présente « Anna Zaboun – Espace Jeunes Artistes », une exposition consacrée aux jardins imaginaires de la peintre d’origine ukrainienne et à leur rôle comme espaces de protection, de retrait et de projection. L’exposition a ouvert le 20 août et reste visible jusqu’au 11 octobre 2026. L’entrée est gratuite.
Présentée dans le cadre du programme « Espace Jeunes Artistes » de La Boverie, l’exposition s’intitule « L’invention du refuge ». Selon le musée, les jardins de Zaboun ne sont pas de simples représentations de la nature, mais des constructions mentales où se concentrent les tensions entre le monde extérieur et le désir de protection. Les tableaux réinventent le jardin comme un refuge contemporain, face à une réalité perçue comme instable.
Le travail de Zaboun s’inscrit dans la tradition des jardins clos, notamment celle de l’hortus conclusus médiéval et des compositions savamment ordonnées des jardins classiques. Ses œuvres empruntent également aux jardins à la française, aux jardins anglais et aux paysages tropicaux. Pourtant, ces espaces ne reconstituent aucun lieu identifiable. Labyrinthes, bassins, topiaires et architectures végétales composent plutôt des environnements hybrides où la maîtrise géométrique rencontre une végétation exubérante, produisant ce que le musée décrit comme un équilibre précaire entre contrôle et abandon.
Cette ambivalence s’étend à la fonction du jardin. Dans les tableaux de Zaboun, il offre une protection tout en suggérant l’isolement ; il invite à la contemplation, mais peut aussi évoquer la désorientation. Les espaces peints ne sont pas présentés comme des sanctuaires stables, mais comme des lieux où l’abri et l’incertitude coexistent. Cette tension confère au jardin une dimension psychologique qui dépasse son statut de motif paysager conventionnel.
La couleur est au cœur de l’écart des tableaux avec le naturalisme. Des verts acides, des violets profonds, des roses fluorescents et des rouges presque irréels créent un univers pictural explicitement artificiel. Plutôt que d’imiter l’apparence d’un paysage particulier, les œuvres utilisent la couleur pour transformer le jardin en espace de projection, invitant les visiteurs à construire leurs propres récits. Le texte qui accompagne l’exposition décrit des tableaux qui mobilisent la mémoire, le désir et la fiction à travers une expérience sensorielle évoquant l’eau, l’humidité et les méandres d’un chemin qui ne peut jamais tout à fait être parcouru jusqu’au bout.
L’exposition présente ce paysage inventé comme une réponse à un besoin plus vaste de créer des espaces de retrait dans un monde en mutation rapide. Dans cette perspective, la peinture devient un moyen d’habiter un environnement réinventé : fragile, fictionnel et résistant à l’instabilité du réel. Zaboun est née à Reni, en Ukraine, en 1997 ; elle vit à Ans et travaille à Liège. Elle est titulaire d’un master en peinture de l’Académie royale des beaux-arts de Liège. « Anna Zaboun – Espace Jeunes Artistes » est ouverte à La Boverie du 20 août au 11 octobre 2026, de 10 heures à 18 heures, avec accès gratuit.