Image : Kurimanzutto, Mexico City
Ana Segovia présentera un nouvel ensemble de peintures, d’images en mouvement et de pièces sonores dans « The Office of Inter-American Affairs Presents », sa première exposition personnelle chez kurimanzutto New York. L’exposition examinera la manière dont la culture visuelle contribue à construire les identités nationales et de genre à travers la figure persistante du gaucho dans le Cône Sud. Elle se tiendra du 10 septembre au 17 octobre 2026, dans les locaux de la galerie au 516 West 20th Street.
L’exposition mettra en dialogue les nouvelles œuvres de Segovia avec des films, des documents sonores et des vidéos d’archives. Sa principale référence historique est l’Office of the Coordinator of Inter-American Affairs (OCIAA), créé par le gouvernement des États-Unis en 1940 sous la présidence de Franklin D. Roosevelt, dans le cadre de la politique du « bon voisin ». L’agence recourait aux échanges culturels — notamment aux expositions, aux émissions de radio, aux publications et aux films — pour renforcer les relations avec l’Amérique latine tout en consolidant l’influence des États-Unis sur le continent.
Les peintures de Segovia isolent des détails associés au gaucho, parmi lesquels les chapeaux, les ponchos, les ceintures, les pantalons larges, les gourdes en cuir, les moutons, les bovins et les mains tenant un maté. Ces éléments apparaissent sous forme de fragments agrandis plutôt que comme les parties d’une figure complète. Cadrées à la manière de gros plans cinématographiques, les peintures mettent l’accent sur l’artifice et sur les conventions visuelles qui ont contribué à maintenir le gaucho comme archétype culturel au fil des générations.
Deux écrans diffuseront des films d’archives produits par l’OCIAA, représentant des régions du Cône Sud, notamment l’Uruguay et le Chili. Un enregistrement sonore provenant des archives de l’OCIAA prolongera la matière historique dans l’espace de la galerie. Le dispositif associant peinture, film et son s’organise selon des séquences changeantes de rencontres qui rappellent le montage cinématographique. Segovia transforme en peintures des images tirées des documentaires, en s’intéressant à la manière dont le cinéma produit et fait circuler les archétypes culturels.
Le gaucho est présenté en relation avec le cowboy américain, autre figure associée au héros rural, au cavalier solitaire et à une masculinité idéalisée. L’examen mené par Segovia se poursuit dans « Gambola (Uruguay) », une vidéo de grand format documentant une performance réalisée en collaboration avec des interprètes uruguayens. La caméra limite son champ aux jambes et aux pieds des danseurs vêtus de pantalons de style gaucho, laissant le reste du corps hors cadre. Un ensemble de dix dessins au fusain sur papier sert de story-board à la vidéo et dévoile une partie de sa mise en scène et de sa construction.
L’exposition comprend également deux peintures verticales représentant des paysages montagneux de Patagonie chilienne, rendus dans des tons roses, verts, bleus et orange plutôt que selon un réalisme strict. Leur palette s’inspire du planismo uruguayen et de l’œuvre de Petrona Viera, une source d’inspiration importante pour Segovia. En parallèle de l’exposition, kurimanzutto New York accueillera le 12 septembre à 16 heures une conversation publique entre Segovia et l’autrice, critique et professeure Julia Bryan-Wilson. La discussion portera sur la culture visuelle, les représentations hégémoniques, la théorie queer ainsi que la construction du genre, de l’incarnation et du désir.